Janvier est souvent le mois de l’élaboration d’un plan pour l’année à venir, que ce soit un plan personnel, professionnel ou d’entreprise. Les chiffres de l’année fiscale précédente sortent, les commandes sont au ralenti, les projections de vente de l’année à venir sont publiées, et la température ambiante glaciale qui nous garde à l’intérieur sont des éléments qui nous poussent à l’introspection. De mon côté, j’ai voulu réfléchir aux éléments qu’il fallait prioriser pour que Bigarade continue sa lancée de croissance en 2018. Quel meilleur moyen de faire cela que de commencer par une petite recherche dans Google Scholar? J’y ai trouvé une vraie perle : Building an integrative model of small business growth par Wiklund, Patzelt & Shepherd (2009)1. Si vous êtes dans un poste de direction en PME, c’est un incontournable de lire cette étude qui a élaboré un modèle intégratif (c’est-à-dire un modèle intégrant les éléments d’autres modèles précédents) des éléments associés positivement ou négativement à la croissance d’une entreprise. Il y a peu de jargon et les résultats sont présentés de manière extrêmement claire et concise. Toutefois, comme je sais que la lecture d’articles scientifiques rebute la plupart des dirigeants d’entreprise, lisez la suite de cet article pour une vulgarisation des résultats!

Dans ce billet, je discuterai principalement de l’orientation entrepreneuriale. Mais tout d’abord, voici le modèle dans toute sa gloire.

Modèle de l’orientation entrepreneuriale et de la croissance de la firme.

Ça semble complexe, mais ce n’est vraiment pas difficile à comprendre. Pour commencer, il faut voir les deux variables expliquées dans le modèle, c’est-à-dire l’orientation entrepreneuriale (Entrepreneurial Orientation ou EO) et la croissance de la firme2. Ce qu’on voit est que l’EO joue le rôle de variable médiatrice dans le modèle : les auteurs estiment qu’elle transmet une partie de l’effet des éléments indépendants (ressources, attitudes, etc.) vers la croissance de la firme. C’est une excellente nouvelle, car bien qu’on ne puisse contrôler directement la croissance de notre entreprise, nous avons le pouvoir de modifier son EO! De plus, outre les attitudes par rapport à la croissance (Attitudes), qui est aussi un facteur qu’on peut contrôler, et l’augmentation du dynamisme de l’environnement (dynamism increase), qui par contre n’est pas quelque chose de contrôlable, dans cette étude, l’EO présente l’effet le plus fort sur la croissance de l’entreprise. Ça vaut la peine de s’y pencher un peu, non? Nous reviendrons dans la partie 2 sur l’attitude par rapport à la croissance.

Qu’est-ce que l’EO exactement?

L’EO est composée de trois dimensions : la prise de risque, la proactivité et l’innovation. Vous pouvez noter votre entreprise sur l’échelle suivante3 avant de continuer (soyez honnêtes avec vous-mêmes!) :

(Note 2026-09-02: Cette échelle est une traduction libre publiée dans l’article original. Elle sert ici d’outil de réflexion informel et ne constitue pas une version française validée du questionnaire.)

Considérant la nature de l’environnement, il est préférable de l’explorer graduellement à l’aide d’un comportement timide et incrémental.1  2  3  4  5  6  7Considérant la nature de l’environnement, des actes courageux ayant des impacts globaux sont utiles et communs.
Notre entreprise a une forte propension envers les projets à faible risque (avec des rendements certains, mais moyens).1  2  3  4  5  6  7Notre entreprise a une forte propension pour les projets à haut risque (avec des chances de rendements très élevés).
Dans notre entreprise, il y a une forte tendance à suivre nos concurrents pour introduire de nouveaux produits ou de nouvelles idées.1  2  3  4  5  6  7Dans notre entreprise, nous essayons toujours d’être en avance sur nos concurrents pour introduire de nouveaux produits, et nous y arrivons avec succès la plupart du temps.
Notre firme est caractérisée par le fait que nous favorisons ce qui a été prouvé efficace dans le passé.1  2  3  4  5  6  7Notre firme est caractérisée par le fait que nous sommes orientés vers la croissance, l’innovation et le développement.
Notre relation avec nos concurrents est caractérisée par le fait que nous essayons de coopérer et de coexister avec nos concurrents.1  2  3  4  5  6  7Notre relation avec nos concurrents est caractérisée par le fait que nous poursuivons une dure philosophie « Étouffons les concurrents ».
Dans notre entreprise, il y a une grande importance accordée au marketing des produits et services qui ont fait leurs preuves dans le passé.1  2  3  4  5  6  7Dans notre entreprise, il y a une forte importance accordée à la R&D, au leadership technologique et à l’innovation.
Au cours des trois dernières années, notre firme n’a pas mis en marché de nouvelles lignes de produits ou services (excluant les variations mineures)1  2  3  4  5  6  7Au cours des trois dernières années, notre firme a mis en marché une grande quantité de nouvelles lignes de produits ou services (excluant les variations mineures)
Au cours des trois dernières années, le changement au sein des lignes de produits a été mineur (ex. changer la couleur d’un produit)1  2  3  4  5  6  7Au cours des trois dernières années, le changement au sein des lignes de produits a été majeur (ex. changer de boutons physiques à un écran tactile)

Maintenant, où se situe votre entreprise sur une échelle de 8 à 56? Plus votre score est élevé, et plus votre entreprise a un EO élevé. Si vous êtes déjà au maximum, félicitations! Êtes-vous surpris ou non du résultat? Que pourriez-vous faire pour améliorer celui-ci?

Une fois que c’est fait, lisez mon prochain article qui discute de méthodes pour améliorer l’orientation entrepreneuriale d’une entreprise.

Notes de bas de page

  1. Wiklund, J., Patzelt, H., & Shepherd, D. A. (2009). Building an integrative model of small business growth. Small Business Economics, 32(4), 351-374.

  2. La croissance de la firme dans cette étude est mesurée en termes d’augmentation des ventes et du nombre d’employés, ainsi qu’en comparant cette croissance à celle des concurrents.

  3. Miller, D. (2011). Miller (1983) revisited: A reflection on EO research and some suggestions for the future. Entrepreneurship Theory and Practice, 35(5), 873-894. – Traduction libre